Terre, Abya Yala, Amérique Centrale, Panama, Bocas del Toro, Isla Colon.


île aquatique parce que l’eau de mer monte, l’eau de pluie inonde, l’eau stagnante est immonde, mais l’eau pur, l’eau courante n’existe plus ; elle se boit en bouteille et se nomme « purifiée ». L’île est submergée par les dérèglements « anthropogéniques »

L’archipel panaméen de Bocas del Toro, qui attire désormais, depuis les années ’90, aussi le tourisme animalier et l’éco-tourisme en plus du surf et du loisir, est marqué par une intense cohabitation multi-ethniques et multi-espèces, où l’espace partagé avec des animaux sauvages désorientés génère des conflits interspécifiques et interhumains croissants, et de nombreuses pertes.


La construction d’une route élargie et éclairée qui entoure et traverse l’île de Colon en 2023-2024 a augmenté le danger pour de nombreuses espèces sauvages, comme les singes hurleurs, les serpents, les tortues, et de nombreux insectes. La privatisation des espaces, de droit ou de fait, grignote la jungle, la rabote et la parcellise, la « tranche », aussi, avec ses fils barbelés. L’espace de la jungle se réduit, visiblement, et désormais, aux oreilles, « dans » la jungle, la route n’est jamais loin.




Au profit d’un tourisme de masse qui ne semble pas profiter tant que ça aux habitants bocaneros ; la perte du lieu, de leur milieu, et les pollutions croissantes, visibles (poussière des travaux), senties (eaux stagnantes très odorantes) et invisibles mais tangibles. Le dérèglement climatique semble accroître (le sentiment de), la dépossession (habitat, chasse, pêche,…). Et des écarts de salaires et de revenus qui conservent la structure coloniale.
2023. Je décris dans « méthode » ; « ma » rencontre avec « mon » sujet ethnographique. Sur la route entre Panama City et l’île de Colon, sur la route, sur les barrages, j’ai pu réaliser combien la préservation de l’environnement (qualité de l’eau, santé des enfants, perte d’aliments traditionnels (poisson) était au coeur des préoccupations des habitants, dont l’indigénisme était revendiqué par les costumes traditionnels, et les discours, métaphysiques*** que nous voyons et entendons aux points de rencontre, c’est-à-dire aux barrages
2025. Des barrages, des revendications, et la santé des enfants, poignante.
Les effets quotidiens du néolibéralisme sur l’environnement, déjà dénoncés lors du mouvement de contestation indigène contre la mine en novembre 2023 -dégradation écologique rapide (pollution de l’eau et des sols, déforestation massive), transformations socio-économiques, contraintes législatives (désignations de sanctuaires, restrictions sur la chasse et la pêche) et changements culturels (urbanisation, parcellisation, privatisation, expropriation de locaux migration et conflits territoriaux)- est ressenti et vécu comme le retour sans fin de l’ordre colonial.

Légende : en haut, la petite « extension » : ville de Bocas (en rouge « humedales, pantanos y manglares » & en brun le littoral altéré par action anthropogénique par action antropogénica). A l’est de l’île … la plage de sable existe toujours (1985-2023). En 2025, bétonnée, est désormais « anthropologisée ». Un point de non retour est atteint : le lien entre la terre et la mer est rompu par des tonnes de ciment.

Histoire
La prolifération des habitations et espaces de loisirs pour les touristes résidentiels et occasionnels occidentaux sur une ile où l’histoire coloniale remonte au quatrième voyage de Christophe Colomb en 1502 entraîne des sentiments mitigés sur l’île.

De gauche à droite. En 1502, l’arrivée de Christophe Colomb entraîne une chute brutale de la population, voire sa disparition. De 1502 à 1800, 300 ans durant, la population remonte à peine, augmente avec l’industrialisation (Bananes Chiquita à partir de 1885) et explose avec le tourisme de masse dès les années 1990.
Ici, la courbe de population est corrélée avec les industries ; de United fruit Company Plantations) en 1900 au tourisme de masse. Il est garder en mémoire les 150.000 touristes qui visitent l’archipel chaque années et atterrissent en général sur l’île de Colon.

On dira pour résumer, en attendant meilleure description, que les communautés (indigène, afro-descendante, caribéenne, métisse, occidentale) sont autonomes mais néanmoins reliées entre elles, elles partagent en général un niveau économique et une Histoire assez semblable. Dans un autre espace (occidentalisé), iimporté avec une colonisation rapide des lieux les plus attractifs (et sécures) de l’île à partir des années ’90, une Histoire, un autre confort, un train de vie confortable. Même en post colonie, la structure ethno-sociale subsiste, qui entraîne, à force de répétitions, sur l’île (et la majorité des espaces anciennement colonisés et actuellement néo-colonisés), des processus de décolonialité profonds. L’un d’eux est la reconnaissance de ses ethos anté-coloniaux, même fragmentés et traumatisés par une conquête d’une violence maligne extrême, et la fierté des origines.
Environnement

Octobre 2023. On observe sur cet amandier des branches et des feuilles sèches, et des autres en pleine santé. Ce fait est récurrent, en Belgique aussi. Le figuier de mon jardin, par exemple, fait des figues tout le temps, même au début de hivers chaque période de chaleur anthropocène… Cet amandier photographié en 2023 n’existe plus en 2024, pas plus que les autres arbres derrières. Des amandiers ont été replanté, dans l’espace anti-corrosion.
Une méthode de travail pédestre
2024. Dans le sillage des déchets, j’observe les traces révélatrices. Sur une île du touristique de masse anthropocène (tourisme bananier) de la qualité de Colon, ces traces, même celles en bitume, comme les routes, se transforment très vite. La petite taille du terrain et son insularité rend possible la visite quotidiennes de toutes les routes primaires et secondaires, à vélo. La régularité d’un métronome est indispensable pour recueillir les données avec précision. Cette démarche d’arpenter l’île à pied ou à vélo a un autre avantage : m’a rendue cocasse auprès des habitants, et la lenteur me permet des rencontres et des échanges pertinents. Les retrouvailles d’un séjour à l’autre renforce l’amicalité autour du projet ethnographique, car les habitants sont majoritairement enclins à réfléchir/penser/adoucir/accompagner les dérèglements rapides de leur milieu de vie.
2025, Un jour de mai sur la « piste californienne » (la nouvelle piste cyclable bétonnée qui longe la plage, de la ville de Bocas à la plage Bluff) : J’entends « Hors-catégorie ! » Je suis ravie de ce surnom qui informe sur ma positionalité de chercheuse ethnologue. Ce sont deux femmes sur un banc que je dépasse rapidement avec mon vélo. L’île de Bocas est minuscule, ça fait maintenant 2 ans que je photographie des déchets, et des collecteurs de déchets. Les gens se connaissent, je ne suis plus une inconnue. Je n’ai pas réussi à m’intégrer dans l’équipe scientifique reconnue sur l’île, mais m’entends avec les scientifiques locaux et/ou localisés. Biologiste, ingénieur agronome, mathématicien, … Le projet d’ateliers s’est étoffé, Rebeca, de l’association « Sol vibrante », nous a rejoint ! La colonialité entraîne une rupture épistémologique : savoirs populaires indigène et créole et savoirs des sciences exactes et humaines ne dialoguent pas.
2025. Belgique. Le déchet, déjà marqueur de conflits sociaux et agent d’adaptabilité, devient aussi un objet de curiosité méthodologique : comment relier, interconnecter, entremêler ces savoirs ?
Le déchet constitue aujourd’hui un enjeu central des transformations contemporaines des conditions d’habitabilité. À l’ère de l’Anthropocène, et plus spécifiquement du Poubellocène, la multiplication des pollutions plastiques, atmosphériques et hydriques, tout comme l’intensification des dérèglements climatiques, attestent de l’ampleur de cette crise et de l’urgence vitale à réduire nos déchets.
Pourtant, comme le soulignent le sixième rapport du GIEC et l’Adaptation Gap Report, les réponses actuelles demeurent largement incrémentales et insuffisantes face à la complexité des impacts observés.
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