Encore en rĂ©flexion… oui « chantier perpĂ©tuel » …^^ L’idĂ©e est :
- de résumer le concept ;
- d’intĂ©grer des collĂšgues des sciences humaines qui ont pensĂ© le concept ;
- de l’intĂ©grer dans mes rĂ©flexions et terrains ;
- d’affiner des concepts complexes ^^
Scalabilité
La volontĂ© de monter des projets Ă grande Ă©chelle ne se limite pas Ă la science. Le progrĂšs lui-mĂȘme a souvent Ă©tĂ© dĂ©fini par la capacitĂ© de projets Ă sâĂ©tendre sans que le cadre de leurs hypothĂšses ne change. Cette qualitĂ© est la « scalabilité ». Le terme prĂȘte un peu Ă confusion, parce quâil pourrait ĂȘtre interprĂ©tĂ©, comme tout ce qui est « apte Ă ĂȘtre discutĂ© en termes dâĂ©chelle ». Or, cette aptitude touche tant les projets qui gĂ©nĂšrent une Ă©chelle que ceux qui nâen gĂ©nĂšrent pas (scalables et non scalables). Quand Fernand Braudel a introduit le concept de « longue durĂ©e » en histoire ou que Niels Bohr a caractĂ©risĂ© lâatome quantique, ce nâĂ©taient pas des projets impliquant la scalabilitĂ©. En revanche, cela ne les a pas empĂȘchĂ©s, lâun comme lâautre, de rĂ©volutionner la maniĂšre de penser la question dâĂ©chelle.
 Source : Anna Lowenhaupt Tsing, Le Champignon de la fin du monde, traduit de lâanglais par Philippe Pignarre, La DĂ©couverte, 2017, page 78)
Hétérotopie
Le concept dâhĂ©tĂ©rotopie a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par le philosophe Michel Foucault pour dĂ©signer des espaces qui sont « autres », c’est-Ă -dire des lieux rĂ©els qui fonctionnent selon des rĂšgles diffĂ©rentes de celles du reste de la sociĂ©tĂ©. Ces espaces ont une fonction spĂ©cifique et remettent en question les normes Ă©tablies.
Le cirque des « Freaks » est un espace hĂ©tĂ©rotopique. Le prĂ©sentateur prĂ©sente, dans la version originale, un avertissement au dĂ©but de son film. Nous sommes en 1932, et l’air du temps est Ă l’eugĂ©nisme. Si vous n’avez pas vu le film, ne lisez pas la suite, regardez-le d’abord. Les autres … La belle du cirque envoĂ»te Hans, mais le jour du mariage, au repas de noces, sous le chapiteau, tandis que « all of us », tous les circadiens cĂ©lĂšbrent le mariage, premier climax du film, la monstrueuse beautĂ© va se dĂ©voiler d’une cruautĂ© monstrueuse. La scĂšne est glaciale. Hans est dĂ©composĂ©, elle s’est moquĂ©e de ses amis, elle l’a Ă©pousĂ© pour son argent, elle n’est pas l’une des leurs, elle a trahit la famille du cirque ! Pauvre Hans ? Au cirque, les rĂšgles fonctionnent de maniĂšre diffĂ©rente, puisque nous sommes en hĂ©tĂ©rotopie, la justice n’est pas celle du monde normal…
L’« euthanasie » des enfants est le meurtre d’enfants et d’adolescents handicapĂ©s organisĂ© par le rĂ©gime nazi, sous le TroisiĂšme Reich de 1939 Ă 1945. Ce programme, inaugurĂ© et dirigĂ© depuis la Chancellerie du FÂšĂŒhrer et sur ordre d’Hitler, prĂ©cĂšde chronologiquement celui de l’action T4, et implique un grand nombre d’« Ă©tablissements pĂ©diatriques spĂ©cialisĂ©s » sur le territoire du Reich. Plus de 5 000 enfants sont victimes de ce programme, et peu de ses responsables sont poursuivis pĂ©nalement aprĂšs-guerre. Source : Wikipedia
Caractéristiques des hétérotopies selon Foucault
Foucault définit six principes pour caractériser ces espaces
=> LâhĂ©tĂ©rotopie existe dans toutes les cultures : Toutes en anthropologie ? « Culture » ? Combien de centaines de dĂ©finitions pour un concept
Chaque société crée des hétérotopies, bien que leur forme et leur fonction varient.
=> Leur fonction peut évoluer avec le temps
Exemples : un cimetiĂšre autrefois central dans une ville peut devenir un espace en pĂ©riphĂ©rie avec le temps, un théùtre, qui contient plusieurs mondes fictifs, ou un jardin, qui rassemble diffĂ©rentes espĂšces du monde entier ; animaux, enfants, arbres, … Terrain vague, aussi, que je souligne pour son rapport au dĂ©chet.
=> Elles sont souvent liées à des ruptures avec le temps :
Exemples : les maisons de retraite (oĂč lâon vit en dehors du temps productif), les musĂ©es (qui accumulent des temporalitĂ©s diffĂ©rentes), les aĂ©roports, …
=> Elles fonctionnent selon un accĂšs particulier
- Certaines sont accessibles Ă tous (ex. les bibliothĂšques, les sites internet (?)), dâautres ont des conditions dâentrĂ©e (ex. les prisons, les clubs privĂ©s).
- Elles peuvent servir à révéler, critiquer ou compenser des aspects de la société.
- => Elles ont une fonction spĂ©cifique qui peut ĂȘtre subversive : cf. Infra Occupy Wall Street
Exemples dâhĂ©tĂ©rotopies
- Les prisons et asiles â espaces dâexclusion
- Les cimetiĂšres â espaces en dehors du cycle de la vie sociale
- Les bibliothĂšques et musĂ©es â accumulation et conservation du savoir
- Les bateaux (Foucault les considĂšre comme « lâhĂ©tĂ©rotopie par excellence ») â espaces mobiles et hors des cadres traditionnels.
LâhĂ©tĂ©rotopie se distingue de lâutopie, qui est un espace imaginaire, alors que lâhĂ©tĂ©rotopie existe bien dans la rĂ©alitĂ©, tout en Ă©tant « autre » par rapport au reste du monde.
La Bourse de Bruxelles, place de la Bourse, espace hĂ©tĂ©rotopique, Ă l’intĂ©rieur, et Ă l’extĂ©rieur (ses marches)
Classique et attendu. Les Bourse sont Ă la fois un moteur de dĂ©veloppement Ă©conomique et un lieu de fortes tensions (bulles spĂ©culatives, krachs, crises financiĂšres). Elles jouent un rĂŽle clĂ© dans lâorganisation du capitalisme mondial, tout en restant un lieu de possibles dĂ©rĂšglements. Mais parfois, rendue obsolĂšte par modification du systĂšme capitaliste (dĂ©sindustrialisation / nĂ©olibĂ©ralisme), elle ferme ses portes, devient l’espace pour se retrouver au centre; Ă ses pieds plus exactement; pour du shopping entre potes, un godet ou une pintchje, une multitude de manifestation nationale, une Ă©meute et des robocops en 2000 ou un attentat.en 2016. Les marches de la Bourse accueillent les Ă©motions collectives,

Quand elle « est ouverte » (mĂȘme fermĂ©e)… On peut considĂ©rer la Bourse comme une hĂ©tĂ©rotopie. D’abord, la Bourse fonctionne selon une « logique » spĂ©cifique qui diffĂšre du reste de la sociĂ©tĂ© : elle obĂ©it aux lois du marchĂ©, aux spĂ©culations et aux rĂ©gulations financiĂšres qui lui sont propres. Ensuite, le lieu juxtapose plusieurs espaces en un seul : les alcĂŽves de la Bourse de Bruxelles, encore visibles malgrĂ© les rĂ©novations, avec ses noms de capitales. La Bourse connecte symboliquement et Ă©conomiquement des territoires du monde entier. Elle rassemble en un mĂȘme espace des transactions portant sur des entreprises situĂ©es aux quatre coins du globe.
Un espace lié au temps de maniÚre particuliÚre
Quand elles fonctionnent… Le temps en Bourse ne suit pas le rythme habituel : il est accĂ©lĂ©rĂ© par le trading haute frĂ©quence, rythmĂ© par les heures dâouverture des marchĂ©s, et fonctionne souvent avec une anticipation de lâavenir (spĂ©culation, prĂ©visions, investissements Ă long terme). ObsolĂšte dans sa fonction originelle, rĂ©novĂ©e comme la Bourse de Bruxelles, elle tend vers le mouvement contrĂŽlĂ© d’une foule dĂ©sormais constituĂ©e de badauds, touristes, visiteurs,… Abri quand il drache.
Tout le monde ne peut pas entrer physiquement dans un espace boursier comme le New York Stock Exchange ou Euronext. Il faut des accrĂ©ditations, des licences ou ĂȘtre un acteur institutionnel. MĂȘme en ligne, lâaccĂšs aux marchĂ©s financiers demande certaines conditions. A la bourse de Bruxelles, l’entrĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e dans le public d’inviter le peuple de la rue Ă entrer. Les conditions d’entrĂ©e sont celles de la ville ; le respect des codes habituels de la sociĂ©tĂ© belge.
Un lieu qui reflÚte et influence la société
- La Bourse nâest pas quâun simple espace Ă©conomique : elle influence directement la vie sociale et politique en impactant lâĂ©conomie rĂ©elle. Elle peut rĂ©vĂ©ler des inĂ©galitĂ©s, crĂ©er des crises ou des pĂ©riodes dâeuphorie financiĂšre. GentrifiĂ©e, elle est sensĂ©e ĂȘtre une vitrine de la Belgique, avec son musĂ©e de la biĂšre. Mais en rĂ©alitĂ©, ses marches, seul espace hĂ©tĂ©rotopique dĂ©sormais de la Bourses, restent trĂšs populaires, et assez contraintes … Ă l’ordre Ă©tabli. C’est difficile de retenir le Belge de se retrouver devant la Bourse.
- Occupation de Wall Street ! « Ce que nous avons tous en commun, c’est que nous sommes les 99 % qui ne tolĂšrent plus l’aviditĂ© et la corruption des 1 % restant. »Occupy Wall Street (OWS) ou Occupy New York (en français : « Occupons Wall Street/New York » ) est un mouvement de manifestation de contestation pacifique dĂ©nonçant les abus du capitalisme financier. Le mouvement dĂ©bute le 17 septembre 2011alors qu’environ 1 000 personnes manifestent dans les environs de Wall Street, le quartier de la bourse Ă New York. Une partie des manifestants Ă©rigent des installations de fortune dans le parc Zuccotti, « occupant » l’endroit dans une sorte de sit-in. Au cours des semaines suivantes, plusieurs centaines de manifestants vivent et dorment dans le parc. Source :Wikipedia.
- A Bruxelles… Sans doute aussi peut-ĂȘtre parce qu’elle aura Ă©tĂ© le symbole, un temps jadis, du pouvoir, et que de gĂ©nĂ©rations en gĂ©nĂ©rations, c’est lĂ que le belge vient livrer, tĂ©moigner, acter ses Ă©motions.
Une fonction ambivalente : entre pouvoir et chaos => si vous désirez en savoir plus :
En conclusion provisoire … Si on suit la grille de lecture de Foucault, la Bourse peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une hĂ©tĂ©rotopie du pouvoir Ă©conomique, oĂč les rĂšgles, le temps et lâespace sont rĂ©organisĂ©s selon une logique propre. Câest un espace qui reflĂšte et façonne la rĂ©alitĂ© Ă©conomique et sociale, tout en restant partiellement fermĂ© au public.
Cependant, la Bourse de Bruxelles a Ă©tĂ© supprimĂ©e, tĂ©moin et victime de son temps nĂ©olibĂ©ral (dĂ©nationalisation des monnaies, ….). LaissĂ©e vide, elle a aussi rendu libre ses marches, et sa place, qui sont devenus des lieux populaires de rassemblement et de rencontre (rendez-vous sur les marches), de recueillement (attentat de Bruxelles en 2015), de rĂ©volte (manifestation).
Suite de l’article ici
rhizome
Le concept de rhizome, dĂ©veloppĂ© par Gilles Deleuze et FĂ©lix Guattari dans Mille Plateaux (1980), est une mĂ©taphore empruntĂ©e Ă la botanique pour penser un mode d’organisation non linĂ©aire, multiple et ouvert.
Le rhizome : une structure sans centre ni hiérarchie
Contrairement Ă un arbre, qui a un tronc central et des branches dĂ©rivĂ©es, un rhizome est un rĂ©seau souterrain oĂč tout point peut ĂȘtre connectĂ© Ă n’importe quel autre. Il nây a pas de dĂ©but ni de fin, seulement un milieu en perpĂ©tuelle transformation.
Principes du rhizome
Deleuze et Guattari identifient plusieurs caractéristiques fondamentales du rhizome :
- Connexion et hétérogénéité
- Un rhizome peut relier des éléments de nature différente : idées, disciplines, objets, concepts.
- Exemples : Internet, les réseaux sociaux, les cultures populaires qui se croisent.
- Multiplicité
- Il ne sâagit pas dâun systĂšme Ă deux pĂŽles (binaire) mais dâun rĂ©seau Ă entrĂ©es infinies.
- Exemples : un langage évolue par emprunts, contaminations, fusions et non par un développement linéaire.
- Rupture assignifiante
- Un rhizome peut ĂȘtre sectionnĂ©, il repoussera ailleurs sans perdre sa logique.
- Exemple : un mouvement culturel ou politique qui se disperse et renaĂźt sous d’autres formes.
- Cartographie et décalcomanie
- PlutĂŽt quâune structure figĂ©e, le rhizome se conçoit comme une carte mouvante, en expansion et transformation constantes.
- Il ne se copie pas, il se reconfigure Ă chaque nouvelle connexion.
Applications du concept
- Pensée et philosophie : au lieu de structurer les idées de maniÚre hiérarchique (comme un arbre généalogique), on peut penser en réseau, en établissant des connexions inédites.
- Culture et sociĂ©tĂ© : la mondialisation, les diasporas, les rĂ©seaux dâinformation sont des systĂšmes rhizomatiques.
- Internet et numérique : le Web fonctionne comme un rhizome, sans centre unique, chaque lien pouvant en amener un autre.`
- un archipel (Bocas del Toro) est un rhizome
Opposition au modĂšle arborescent
Deleuze et Guattari opposent le rhizome au modÚle arborescent, qui est hiérarchique, linéaire et fondé sur la filiation. Le rhizome est une pensée du flux, de la multiplicité et de la transversalité.
Exemple concret :
- Un livre « arborescent » suit une progression logique, avec un dĂ©but et une fin.
- Un hypertexte sur Internet, lui, est rhizomatique : on peut naviguer librement dâun point Ă un autre sans ordre prĂ©dĂ©fini.
Conclusion
Le rhizome est une forme dâorganisation souple, Ă©volutive et ouverte, qui sâapplique aussi bien Ă la pensĂ©e quâaux structures sociales et aux technologies contemporaines. C’est un modĂšle clĂ© pour comprendre le monde complexe et interconnectĂ© dâaujourdâhui.
Le rhizome a été mis en pratique autonomes du tournant du XXIe siÚcle : => revitalisation du mouvement anarchiste
- Deleuze et Guatari, modĂšles du genre autonome ;
- Internet qui permet une rediffusion des idées (// imprimerie au XVe siÚcle) ;
- // impression d’ouvrages diffusĂ©s sur le net (cf. Starhawk)
- RĂ©seau routier europĂ©en : les « travelers » sont des nomades qui relient les points (espace hĂ©tĂ©rotopique : zad, squat, maison collective)
- DĂ©sindustrialisation et gentrification qui laissent des quartiers Ă l’abandon qui seront squattĂ©s par des groupes autonomes (Berlin, Barcelone, Paris, Bruxelles)


























































































