Caliban et la Sorcière

Caliban et la Sorcière est un ouvrage majeur de l’anthropologue et militante féministe Silvia Federici, publié en 2004. Ce livre analyse l’histoire du capitalisme en mettant en lumière le rôle de l’exploitation des femmes, des paysans et des peuples colonisés dans l’accumulation primitive du capital.

Federici s’inscrit dans une lecture marxiste et féministe de l’histoire, en mettant en avant la violence structurelle qui a accompagné l’essor du capitalisme. Son analyse repose sur plusieurs axes anthropologiques :

  • L’autrice démontre que la chasse aux sorcières en Europe (XVIe-XVIIe siècles) n’était pas simplement une vague de superstition, mais un outil de contrôle social destiné à discipliner les femmes et leur travail reproductif.
  • Cette répression visait en particulier les femmes âgées, indépendantes et guérisseuses, qui détenaient un savoir médical et incarnaient une résistance aux nouvelles normes économiques.
  • Federici reprend la notion marxiste d’accumulation primitive, mais en y ajoutant une dimension de genre : la dépossession des paysans de leurs terres allait de pair avec la dépossession des femmes de leur autonomie reproductive.
  • Le corps féminin est transformé en une force de travail reproductive au service du développement du capitalisme.
  • Le titre du livre fait référence à Caliban, personnage de La Tempête de Shakespeare, souvent interprété comme une figure du colonisé.
  • Federici relie la répression des femmes en Europe à celle des populations indigènes dans les colonies, mettant en avant un système d’oppression global orchestré par le capitalisme émergent.
  • L’anthropologue trace un parallèle entre la chasse aux sorcières d’hier et les violences subies par les femmes aujourd’hui, notamment dans les pays du Sud où la mondialisation s’accompagne d’une précarisation accrue.
  • Les nouvelles formes d’accumulation capitaliste s’appuient sur des rapports de domination hérités de cette période.

Si vous ne connaissez pas le fantastique réalisateur britannique Peter Watkins, voici un chef-d’oeuvre et sans doute une oeuvre cinématographique de nature anthropologique : la reconstitution à partir d’archives est implacable et donne à cette « fiction » historique une froideur scientifique.

La description du carnage est pourtant extrêmement touchante, qui efface les frontières des siècles et des classes et des origines entre ces « gueux » et nous. A voir aussi absolument La Commune, Munch, A Journey, Punishment Park, La Bombe évidemment, bref toute son oeuvre!